Adaptation climatique comment faire évoluer son offre ?

mercredi 15 novembre 2017
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Adaptation climatique comment faire évoluer son offre ?
Universités du Tourisme Durable 2017, le compte rendu de l'atelier n°2

D'ores et déjà le changement climatique impacte l'offre touristique : dérèglement des saisons, catastrophes naturelles, phénomène d'érosion et de submersion sur les côtes, absence de neige en montagne... Face à ce constat, comment les destinations s'adaptent-elles ? Des stations balnéaires, au territoire insulaire, en passant par les stations de ski, tous s'entendent sur le processus qui permettra une transition écologique réussie du secteur : mesurer (son bilan carbone, les effets du changement climatique sur son territoire), réduire (son empreinte environnementale), mobiliser (l'ensemble des parties prenantes) et transformer. (son offre touristique). 

Animé par Hubert VENDEVILLE, Président de BETTERFLY TOURISM

Avec les interventions de :

  • Anne KONITZ, Déléguée de la communication et du mécénat au sein du Conservatoire du Littoral

  • Jean Baptiste BONNIN, Coordinateur de l’association IODDE

  • Camille REY GORREZ, Directrice de Mountain Riders

  • Caroline HELLER, Chargée de mission tourisme durable au sein du CRT Bretagne

Introduction du sujet par l’animateur

Au niveau du changement climatique, il y a quand même de sacrés enjeux. Le dernier rapport du GIEC (Groupement d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) nous a annoncé un objectif maitrisable à +2°C de changement climatique. Il faut savoir qu’aujourd’hui, nous estimons à 1°C la hausse de température moyenne sur la planète et les conséquences sont déjà là avec l’exemple récent de l’ouragan Irma. J’ai noté la semaine dernière deux études qui montrent que les impacts du changement climatique ont été sous-estimés de 11%, et que les grandes forêts primaires dégagent plus de CO2 qu’elles n’en stockent du fait de la déforestation. Bien sûr, il existe des solutions pour ralentir cette course folle mais il y a également des actions à mettre en œuvre pour s’adapter, à son niveau de citoyen mais aussi à l’échelle économique.

Les accords de Paris ont aussi validé le fait de contribuer financièrement à ralentir le changement climatique, la moitié étant distribuée à des projets d’adaptation ; cela avait été un gros débat, notamment pour impliquer les pays émergents. L’adaptation est au cœur des problématiques et nous allons maintenant nous préoccuper de l’adaptation au sein du secteur touristique autour de quatre témoins et trois questions :

  • Quelles sont les observations vis-à-vis de l’adaptation climatique sur le champ du tourisme ? Quelles sont les conséquences aujourd’hui sur les destinations ?

  • Quelles actions sont mises en place pour réduire la contribution au changement climatique ?

  • Comment adapter l’offre dans ce contexte ? Comment l’offre touristique peut-elle se projeter dans l’avenir face à ces dérèglements ?

 

« 8 communes littorales sur 10 sont sujettes à des risques naturels » Anne Konitz

Le tourisme utilise très largement le littoral, les côtes, c’est donc un lieu aux enjeux importants sur cette question. Quelques chiffres pour vous donner le panorama dans lequel on évolue. 24% du littoral français est soumis au phénomène d’érosion ; c’est beaucoup quand on sait qu’il y a un nombre important de côtes rocheuses granitiques (la Bretagne et la Corse sont par exemple impactées) et le reste est extrêmement sensible. Huit communes littorales sur dix sont sujettes à des risques naturels, que ce soit en termes d’érosion ou de submersion. On voit donc que l’on est dans un environnement très largement impacté. La submersion concerne les côtes basses, nombreuses en France, comme dans le Languedoc-Roussillon. Les phénomènes d’érosion vont plus concernés les attaques des dunes ou pieds de falaise.

Comme beaucoup de personnes sur le littoral, le conservatoire du littoral est lui-même un propriétaire foncier, puisqu’on achète des terrains en bord de mer, pour les restaurer et les ouvrir au public. Notre patrimoine de 200 000 hectares et soumis à l’érosion et à des submersions régulières. Nous avons mené une étude pour interpeller les décideurs sur les enjeux de la préservation du littoral. C’était une volonté de qualifier et de quantifier la valeur ajoutée de la protection du littoral, sachant que jusqu’à présent c’est plutôt perçu comme quelque chose qui coûte plus que cela ne rapporte. On a donc fait travailler un bureau d’étude pour calculer cette valeur ajoutée sur plusieurs aspects :

  • La production avec tout ce qui est élevage aquacole

  • La régulation avec par exemple ce que rapporte la protection de zones humides grâce à l’assainissement des eaux

  • La partie culturelle avec le tourisme et les activités de loisirs.

L’idée était donc de mettre des chiffres et on s’aperçoit évidemment que le tourisme rentre en grande partie dans le calcul. Il est important d’avoir à l’esprit que la protection des espaces naturels rentre dans un process général et contribue à des solutions pour le futur. C’est pourquoi nous avons lancé le programme Adapto, une démarche qui s’attache à 10 sites, sur lesquels on va composer plusieurs étapes pour travailler avec les territoires et construire des solutions pour anticiper et accompagner ces changements en cours. Les collectivités, bureaux d’études, universités travaillent avec nous sur ce programme qui vient de recevoir le soutien financier de l’Europe et est donc amené à se développer. Les 10 sites n’en sont pas forcément au même stade. L’objectif est de faire prendre conscience de ce qui est en cours sur le territoire, de manière à œuvrer pour le futur. On a donc une boîte à outils qui permet d’analyser les territoires, en fonction par exemple de son histoire. C’est là que la question touristique entre en ligne de compte avec l’évolution des pratiques et un recul stratégique des installations. 

 

« On a réussi à réduire la production de déchets de 14% ! » Jean Baptiste Bonnin

À l’île d’Oléron, les grandes plages perdent 20 mètres de côtes basses par an. On est donc très touché par ce phénomène et l’équilibre est aujourd’hui complétement bouleversée. L’érosion a aussi un impact sur le tourisme : sur le fait de ne plus avoir de plages, qu’elles soient moins belles ou moins praticables puisqu’à marée haute les gens qui n’ont plus de place pour poser leur serviette vont sur les dunes et contribuent encore plus à l’érosion. On a aussi des incertitudes sur le climat qui provoquent des pertes très sèches sur le tourisme, comme cet été. Il y aussi des bouleversements sur la biodiversité. Dans un premier temps cela peut paraitre mineur mais quand vous avez des phénomènes d’échouages de méduses, ce n’est pas une bonne publicité touristique. Idem pour les algues et l’arrivée de nouvelles espèces comme le moustique tigre porteur de maladies.

Il y a 22 000 habitants sur l’île l’hiver et 326 000 l’été, c’est donc très contrasté et l’on reste sur du tourisme de masse. On travaille par exemple sur le problème de la pêche à pied car de mauvaises pratiques impactent négativement l’environnement. On s’est attaqué à ce problème avec un arsenal important de suivis scientifiques, de pédagogie auprès des pêcheurs. Le monde du tourisme relaie l’information puisque chaque personnel de l’Office de Tourisme a été formé sur ces questions. Aujourd’hui plus de 400 structures coopèrent et on arrive à mesurer les évolutions positives dû aux changements de comportements. Sur la pêche au crabe, on est passé d’une situation très inquiétante à une situation de tourisme durable. Beaucoup d’efforts sont faits, et j’ai moi-même passé plusieurs journées dans les grandes surfaces à expliquer aux consommateurs comment réduire son empreinte carbone sur Oléron. La production de déchets a été réduite de 14% ! Avec des solutions techniques, la pédagogie fait évoluer les choses. On travaille beaucoup avec les ostréiculteurs pour réduire l’utilisation de matériaux plastiques qui se retrouvent en mer après les tempêtes. On a tout un travail de fond qui porte ses fruits. Les zones littorales vont être les premières impactées par ces problèmes climatiques, on essaie donc de passer du tourisme de masse à un tourisme durable et vertueux.

L’enjeu est aussi de faire évoluer les représentations vis-à-vis des professionnels du tourisme, des élus, des habitants, de tous les citoyens. Tous les experts un peu censés disent la même chose : il faut aménager, déménager, faire du doux, éviter de faire de la digue en dur qui est la plus impactante mais malheureusement la plus valorisée. Pour les algues, c’est pareil, il ne faut pas passer avec un camion tous les matins à 5h, les algues permettent de fixer le sable et lutter contre l’érosion. Il faut que finalement les gens acceptent la nature.

Une des problématiques est la dépendance à la mer, au tourisme balnéaire. On a énormément de projets mais on peine à trouver des financements pour élaborer des contenus, élargir l’offre touristique. Peu de gens viennent pour la découverte de la nature alors qu’elle est remarquable, avec des postes d’observation formidables, des spécialistes…mais l’offre n’existe pas. On s’est donc proposé avec notre expertise et notre réseau d’acteurs pour former les professionnels.  Aujourd’hui si vous allez dans un office de tourisme pour demander s’il y a des choses à observer, on va vous donner le dépliant du circuit à vélo mais on ne va pas vous dire « Oui, c’est la période de migration des balbuzards, aller vous promener dans le marais il y a des aigrettes, des champs de batraciens… ». Le maintien des marais est par ailleurs, le meilleur rempart à la montée des eaux.

Le mot de la fin c’est d’espérer que les événements de cet été qui ont impacté les populations d’outre-mer puissent avoir un effet pédagogique sur les métropolitains car nous sommes en partie responsables de ce qui leur arrive. 

 

« Il a fallu les Noëls sans neige pour que certains se mettent à réagir » Camille Rey Gorrez

À la montagne, les conséquences sont bien réelles et notamment au niveau des glaciers, partie la plus impactée du réchauffement climatique avec une perte en 40 ans de près de 26% de leur surface. En tant qu’association d’éducation, il est parfois difficile de planter le décor car cela peut paraître effrayant. Les glaciers ont un impact sur tout le cycle de l’eau, la ressource en eau, les rivières, les populations, les paysages, les risques naturels, le patrimoine, pour finir par toucher nos activités touristiques en montagne.

À 1300 mètres d’altitude où se situent les stations de basse ou moyenne altitude dans les Alpes, on a perdu 40% de notre enneigement en l’espace de 50 ans. Aujourd’hui si l’on prend juste les Alpes françaises, on a 150 stations de montagne avec le scénario pessimiste des +4°C, il ne resterait plus que 45 stations viables économiquement. Cela amène à se demander comment faire du tourisme autrement qu’avec cet or blanc. Pour sensibiliser, on a fait un film éducatif car le transport en montagne c’est le number one du bilan carbone d’un touriste, cela représente près de 60% du bilan carbone d’une station.

Il a fallu les « noëls sans neige » pour que certains acteurs se mettent à réagir parce qu’il va bien falloir trouver de quoi animer et faire découvrir la montagne autrement. On ressort les stratégies d’été et cela fonctionne plutôt bien ! Aujourd’hui la diversification face à ces changements se développe mais cela nécessite parfois des infrastructures avec un investissement lourd : centres aquatiques, activités sportives comme le trail, le développement de la luge, du biathlon, ski de fond, VTT et VAE (vélo à assistance électrique). La prochaine étape est d’arriver à co-construire tout ça avec les parties prenantes. Il y a des réactions mais on est encore loin d’une stratégie globale d’écotourisme en montagne. Il faut réfléchir aussi à la complémentarité de territoires très concurrentiels.

Comme sur les stations balnéaires, il y a là aussi des variations de populations fortes car on passe d’un village de 300 ou 400 habitants à 40 ou 60 000 lits. L’enjeu principal est la gouvernance : comment arriver, avec des divergences fortes, à avoir un projet collectif ? C’est notre rôle, avec des méthodes participatives, de dialogue territorial, à arriver à coconstruire en intégrant les élus, les socioprofessionnels, les habitants, les touristes. Sur la question des neiges artificielles, deux cas de figures se dessinent : les stations de haute altitude qui enneigent et pérennisent leur activité hivernale, et les stations de basse et moyenne altitude qui sont devant le mur mais réagissent, et trouvent des solutions. Aujourd’hui la neige artificielle représente moins de 2% des émissions de carbone, on est plus sur de la consommation de ressource en eau. C’est une vraie question de fond que l’on traite à la fois en tenant compte de ses impacts sur l’écosystème mais aussi dans le cadre d’une stratégie globale pour savoir comment se sortir de ces installations.

En termes d’accompagnement et pour favoriser la co-construction, on a développé le flocon vert qui est à la fois un label et une démarche pour les territoires de montagne qui ont un projet touristique et amorcé la transition de manière positive. Le cahier des charges présente une quarantaine de critères allant des enjeux environnementaux comme la gestion de l’eau, des déchets, du transport…mais aussi le volet social sur l’accueil des familles, des personnes en situation de handicap, des saisonniers...Il faut atteindre 75% de critères remplis pour être labellisés, on laisse donc 25% de marge de progression. Le label s’adresse à une station de montagne comprenant la commune, l’OT et la société de remontée mécanique qui sont les trois organes décisionnaires et gestionnaires du territoire. Il est obtenu pour trois ans, révisé au bout d’un an et demi et comprend quatre grandes étapes : la candidature, le diagnostic établi par Moutain Riders, le contrôle par un organisme certifié, le comité de labellisation qui décide ou non d’octroyer le label.

 

« Le touriste a besoin d’être rassuré et d’avoir un engagement visible » Caroline Heller

La Bretagne est connue pour ne pas avoir une météo très clémente, le réchauffement climatique pour nous a été plutôt bénéfique. Cela dit on essaie de travailler davantage sur le hors saison pour garantir un remplissage à l’année et ainsi une viabilité économique. Il y a deux ans, on s’est lancé dans une démarche multi partenariale sur l’éco mobilité nommée « En Bretagne sans ma voiture ».  On a fait cela aussi au moment de l’inauguration de la ligne grande vitesse arrivée en juillet, sachant que 47% des parisiens n’ont pas de voiture cela nous a semblé être une cible intéressante.

Il s’agir de proposer un format court séjours, trois jours et deux nuits qui intègrent tous une activité expérientielle. Le cahier des charges demande aux prestataires de répondre à des critères concernant l’éco mobilité (services de transfert, formation, labélisé...). On propose plus de 80 séjours avec un retour très satisfaisant depuis le lancement. Les visiteurs viennent en grande partie de la région parisienne sans grande surprise et le reste plutôt de la région bretonne. On a effectivement lancé une stratégie en structurant l’offre existante avec déjà beaucoup d’acteurs engagés dans une démarche durable et en accompagnant ceux voulant se lancer.

Aujourd’hui nous avons lancé une marque régionale pour accompagner les hébergeurs et les restaurateurs vers des pratiques plus responsables. Nous avons un site où nous faisons la promotion de tous ces acteurs, toujours en lien aussi les activités nature sur le territoire. Nous avons des PNR qui travaillent beaucoup sur ces questions de mises en valeur de la nature, le parc du Morbihan travaille sur le birdwatching par exemple. On a aussi créé des expériences bretonnes directement en lien avec l’humain, toujours dans une démarche durable.

Nous avons également créé quelque chose d’assez simple, le label « voyager responsable Bretagne » On y a beaucoup réfléchi au moment de monter notre stratégie régionale car il y a en existe déjà beaucoup. Cependant, différentes études montrent que le touriste a besoin d’être rassuré et d’avoir un engagement visible, on a donc adapté les critères à notre territoire, en reprenant de l’existant et en y ajoutant l’aspect social qui manque un peu dans les labels environnementaux.

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Anne Konitz, Conservatoire du Littoral

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